Krachs,spasmes et crise finale

 

 

 

 

 

Ce petit livre de 55 pages a la prétention d'expliquer un certain nombre de mécanismes qui expliquent la crise économique insurmontable que nous vivons... J'en publie ici l'introduction. Mais je cherche toujours un éditeur...

 

 

 

INTRODUCTION

 

Mi-février 2018, à l’annonce de la hausse des taux d’intérêt par la Banque Fédérale américaine, les Bourses dévissaient brutalement ...

 

Malgré une légère remontée et un équilibre retrouvé en apparence , la rumeur justifiée d’une « crise obligataire » enflait. On évoque régulièrement la promesse d’un pic de crise financière reflétant une grave crise systémique insoluble.

 

Il m'a semblé nécessaire de mettre en lumière les mécanismes qui amènent à une crise mortifère du système capitaliste. Vouloir éclairer cependant ne signifie pas être exhaustif. Il ne peut s'agir de réécrire Le Capital ou la Théorie Générale de Keynes.

 

Aller à l'essentiel nous semble possible, compréhensible. C'est montrer ici les contradictions qui amènent à une crise de valorisation du capital. C'est expliquer pourquoi Keynes a été abandonné par nos décideurs financiers. C'est souligner la convergence entre la social-démocratie et ces anciennes politiques dites keynésiennes.

 

On verra dans quelques passages un bon guide pour traders. Et je sais qui lit mes articles, par certains parfois bien éloignés de mes conceptions sociétales. Pas d'équivoque, il s'agit non seulement d'analyser mais de prendre partie. Que la bête meure !

 

Mais combattre un adversaire n'est-ce pas tout d'abord apprendre à le connaître. Tel est l'objectif : savoir, comprendre.

 

On nous dira aussi que ce petit ouvrage n'est pas le premier à se lancer dans une telle démonstration. Tant mieux si de tels écrits existent. Il conviendrait sans doute de mieux les faire connaître.

 

Il manque aussi des renvois et des notes. M'étant inspiré de mon dernier livre, « Tchôk » pour cet ouvrage, il faudrait donc le relire...

 

 

 

 

KRACHS, SPASMES

 

ET CRISE FINALE

 

 

 

L'impossible valorisation du capital

 

 

 

NEMO

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

SOMMAIRE

 

Introduction

 

I.Une valeur indispensable : la confiance

 

II. Rétrospective de ces dernières années

 

III. Rebonds de l'économie en période de crise.

 

IV. Une crise de valorisation du capital

 

V. Le stade de la financiarisation de l'économie

 

VI. Les conséquences de la rationalisation du travail des entreprises

 

VII. Une crise systémique inéluctable

 

VIII. Dévalorisation sans issue du capital

 

IX. L’échec de la solution keynésienne

 

1.Idées générales

 

2.Synergie de l’intégration du mouvement ouvrier et des politiques keynésiennes

 

3.Offensive ultra libérale et déclin du keynésianisme.

 

4.Un libéralisme dérégulateur et « bienfaiteur »

 

 

 

X.L’intégration des secteurs bancaires et financiers nationaux facilite la diffusion de la crise.

 

XI. Etatisme et mythe des nationalisations

 

XII. Fin du travail ou fin du salariat ?

 

XIII. Le lien social

 

XIV. Un projet autogestionnaire

 

Notes

 

 

 

A tous ceux qui m'ont aidé pendant ma convalescence me permettant la rédaction de ce petit ouvrage , particulièrement les personnels de santé de l'hôpital de Bagnères de Bigorre.

 

INTRODUCTION

 

Mi-février 2018, à l’annonce de la hausse des taux d’intérêt par la Banque Fédérale américaine, les Bourses dévissaient brutalement ...

 

Malgré une légère remontée et un équilibre retrouvé en apparence , la rumeur justifiée d’une « crise obligataire » enflait. On évoque régulièrement la promesse d’un pic de crise financière reflétant une grave crise systémique insoluble.

 

Il m'a semblé nécessaire de mettre en lumière les mécanismes qui amènent à une crise mortifère du système capitaliste. Vouloir éclairer cependant ne signifie pas être exaustif. Il ne peut s'agir de réécrire Le Capital ou la Théorie Générale de Keynes.

 

Aller à l'essentiel nous semble possible, compréhensible. C'est montrer ici les contradictions qui amènent à une crise de valorisation du capital. C'est expliquer pourquoi Keynes a été abandonné par nos décideurs financiers. C'est souligner la convergence entre la social-démocratie et ces anciennes politiques dites keynésiennes.

 

On verra dans quelques passages un bon guide pour traders. Et je sais qui lit mes articles, par certains parfois bien éloignés de mes conceptions sociétales. Pas d'équivoque, il s'agit non seulement d'analyser mais de prendre partie. Que la bête meure !

 

Mais combattre un adversaire n'est-ce pas tout d'abord apprendre à le connaître. Tel est l'objectif : savoir, comprendre.

 

On nous dira aussi que ce petit ouvrage n'est pas le premier à se lancer dans une telle démonstration. Tant mieux si de tels écrits existent. Il conviendrait sans doute de mieux les faire connaître.

 

Il manque aussi des renvois et des notes. M'étant inspiré de mon dernier livre, « Tchôk » pour cet ouvrage, il faudrait donc le relire...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I. Une valeur indispensable : la confiance.

 

 

 

Après la crise américaine des subprimes de 2007 et la chute drastique des Bourses de 2010, tout semblait, du point de vue boursier, rentrer dans l’ordre Cela allait même mieux que jamais, avec des taux d’intérêt proche de 0 % qui permettaient de relancer joyeusement la spéculation grace à l’argent facile. Même si tout reste basé sur du vent puisque, faute de nouveaux marchés, aucune production industrielle innovante d’importance ne peut apparaître. Nous y reviendrons.

 

Et donc quid d’une claire relance économique que de Macron à Trump, on voudrait inspirer. L’important reste « la confiance ». Et tant que ça rapporte… La spéculation boursière a donc permis à certains, surtout aux grandes institutions, de s’en fourrer « jusque là ».

 

Néanmoins, malgré le « tout va mieux » seriné, certains, plus lucides restaient inquiets. Prêter de l’ argent certes mais est-on sûr d’être remboursé ? Derrière les leitmotiv des « tout va mieux », du « retour à la croissance », comment ne pas voir nombre d’entreprises en difficulté, et surtout les niveaux de vie baisser ?

 

Les mêmes, sans doute trop curieux, étaient allés jusqu’à se glisser derrière le décor en carton pâte de cette trop fameuse reprise de l’économie américaine. Comme les victimes d’un tour de bonneteau, ils constataient que l’augmentation du déficit abyssal du Budget était finalement passée du côté des consommateurs (1)

 

La hausse de ces taux d’intérêt est justifiée par une reprise effective de l’économie, même si celle-ci n’est qu’un hoquet dans une phase longue de crise. Et même si elle ne profite bien sûr, qu’à une minorité, toujours la même.

 

C’est donc le moment de tenter d’en profiter en augmentant le loyer de l’argent « puisque maintenant tout va mieux ». Mais le fameux « ruissellement   qui profiterait à tous », que les libéraux font régulièrement miroiter, ne peut naturellement exister dans un tel contexte. Il se disperse, rejoignant logiquement le lit du fleuve de ce qui rapporte le plus, c’est-à-dire la spéculation... Sans qu’une seule goutte ne soit réinvestie dans « l’économie réelle ».

 

Un magot en vue sera le taux que devra accepter, face à son immense déficit, le Budget américain obligé d’emprunter. Il suffirait d’attendre un peu pour que le profit soit ici faramineux. Evidemment le commun des mortels – qui pait et qui en subit les conséquences – n’est pas concerné. On reste entre joyeux mastodontes de bonne compagnie.

 

Les taux remontent ? Rappelons ici qu’un seul point d’augmentation des taux d’intérêts représenterait pour la France une augmentation de son déficit budgétaire égale au budget de son ministère de la Justice. La France ne peut pas faire faillite, vous diront certains puisqu’un « état ne peut faire faillite ». Admettons. Mais rappelons quand même que celui à qui on doit de l’argent, une rente ou autre chose, ne percevra quand même plus rien .

 

Les banques centrales – disons la Fed...- sont aux commandes. Elles savent qu’avec des taux d’intérêts de plus de 3 % ça commence a sentir le roussi. Et on sait aussi qu’à 5 %... attention la secousse !

 

Mais la résignation et l’absence de pensée sont tellement enracinées chez les libéraux que beaucoup s’en remettent aux miracles, à celui de la planche à billets de Mario Draghi ou aux fantasmes de Trump menant à la guerre.

 

Fin février 2018, en une semaine, les Bourses ont perdu 7500 milliards de dollars.

 

 

 

II. Rétrospective de ces dernières années.

 

Pour comprendre la nature de la crise qui va tout emporter, il convient de rappeler quelques épisodes précédents.

 

- 2001-2006

 

Au début des années 2000, la Net-Economie semble constituer un nouveau marché, une planche de salut faute de perspectives industrielles. Mais on se rend vite compte de la difficulté à provoquer une réelle valorisation du capital, en passant du secteur virtuel à un secteur réel,c’est-à-dire à celui d’une économie vraiment productive.Rapidement une bulle artificielle de sur-investissement apparaît qui engendre une surproduction d’offres de services. Cette déconnection, sans relation avec les besoins réels du marché conduira au krach de la Net-Economie en 2001.

 

Comme aujourd’hui la Fed décide alors de baisser ses taux directeurs de 7% à 1%, ce qui crée une abondance de liquidité et un très faible coût de l’argent, et donc des conditions de crédit plus faciles. Les ménages s’endettent à la consommation et à l’immobilier. La consommation est stimulée, les résultats des entreprises s’améliorent. Il y a création d’emploi et augmentation de la valeur des biens immobiliers. Les taux vont pouvoir remonter...

 

Mais en parallèle, la méfiance subsiste et la financiarisation se développe. Pour prévenir le risque de défaut des ménages et des entreprises tout un arsenal de produits dérivés financiers apparaît comme la titrisation (2).

 

 

 

2007-2008

 

Le pic de la crise économique qui touche profondemment tout le système apparaît dès 2006. On s’aperçoit que les flux commerciaux sont à la baisse comme le montre alors, par exemple, l’indice du Baltic Dry (3). Il est suivi logiquement par une crise financière.

 

Le déficit commercial américain devient colossal. Et les ménages américains sont très endettés. La machine se grippe. La Fed décide alors une hausse des taux directeurs qui passent de 1 % en 2005 à 3,75 % en 2007.

 

Avec des crédits à taux variables, une baisse des salaires, l’augmentation du chômage, les ménages commencent à faire défaut. La période devient celle de la raréfaction du crédit, et donc celle de la hausse des saisies immobilières. Et cette valeur de l’immobilier chute logiquement. Parallèlement la valeur des « produits dérivés », apparaissant pour ce qu’ils sont, s’effondre.

 

 

 

2008-2011

 

La confiance disparaît avec l'extension de la crise. Les banques se méfient les unes des autres. Gel du financement. Logiquement aux Etats-Unis, les actifs et le patrimoine, se déprécient, et lesdites institutions bancaires commencent à faire défaut. On entre dans la phase des faillites bancaires. En reflet, la crise de l'immobilier se répercute donc à la sphère financière. Chute des valeurs en Bourse. Tentative des Etats d'éteindre l'incendie mais la crise de confiance s'est étendue aux ménages déjà surendettés. Panique et chute de la consommation. Destruction d'emplois due aux difficultés des entreprises qui sont nombreuses à faire faillite. Récession et dépression. Pour employer toujours le langage des libéraux, « la crise financière s'est transmise à la sphère réelle » . L'euro, très menacé, survit néanmoins.

 

 

 

2012-2015

 

En 2012 Mario Draghi président de la Banque Communautaire Européenne, prend la décision (contestée en Allemagne) d'une politique de baisse des taux afin d'éviter la déflation. Ce qui permet une forte hausse des obligations. L'apparent « retour à la croissance » n'est surtout, en réalité, qu'un retour à la spéculation car l'argent ruisselle vers les Bourses.

 

La situation devient cependant encore plus instable qu'auparavant. Encore mieux qu'en 2001, les start-ups associés au numérique connaissent un essor exponentiel. Mais la guerre au Moyen-Orient génère des attentats en France, en Turquie, en Russie, la stagnation, voire la baisse des salaires, les politiques d'austérité sans croissance réelle, entrainant la diffusion de la crise économique dans les pays émergents.

 

La Chine, qui restait le moteur primordial de l'activité économique mondial, connait un fort ralentissement. Les conditions qui ont permis son épopée de mise en place d'infrastructures capitalistes, comme cela avait eu lieu dans le passé en Europe au XIXe siècle, disparaissent L'euro à nouveau attaqué, s'en remet encore une fois.

 

 

 

2018-2019

 

Les producteurs de pétrole comme l'Arabie Saoudite ou l'Iran subissent la baisse de l'activité en Chine. De même les matières premières, hormis certains secteurs limités (terres rares...) voient également, pour la même raison, leurs prix baisser. Dans ce contexte, peu de pays peuvent alors prétendre à une croissance de plus de 2%

 

Le trading haute fréquence s’intensifie, les marchés boursiers américains montrent de nombreux signes de faiblesse. La prochaine crise financière démarre avec la hausse des taux de la FED. Elle est accélérée par la technologie de propulsion du risque domino…

 

La machine ici avait donc commencé à se gripper dès 2016.

 

Pourtant on avait constaté alors un hoquet de moribond : une légère reprise de la consommation et la marge des entreprises (notamment en France) portent un moment à rêver. On croit en effet à des investissements possibles et même à une reprise de l'emploi...

 

Où est la vérité ?

 

« En clair, les marchés sanctionnent le fait que toute la création de richesse ne puisse plus aller uniquement aux actionnaires et que les travailleurs semblent pouvoir réclamer quelques miettes du fait d’un faible taux de chômage. Déjà, ces statistiques sont trompeuses, tant les hausses de salaires peuvent se concentrer sur les plus hauts salaires » et totalement ignorer 90, voire 99 % de la population. Mais derrière se profile une évolution fondamentale : la remontée des taux d’intérêts s’amorce, du fait d’une remontée légère de l’inflation et de la reprise. En France , les taux à 10 ans ont quasiment doublé en quelques semaines. » Laurent Herblay 10/02/18 Agoravox

 

Le déficit public de la France s'élève , début 2018, à 2218 milliards d'euros, en augmentation de 66 milliards, soit 97% de son budget.

 

On commence à se rendre compte que la distorsion entre l'économie « réelle » et l'économie « financière », la spéculation, est devenue un poison addictif. Toutes les tentatives de régulations des marchés ont échoué et l'argent coule à flot sans parvenir à être utilisé hors ladite spéculation financière.

 

Les assurances-vie, les banques, les assurances, sont massivement investies en obligations. Une hausse des taux qui dérape et la faillite menace les plus plus faibles avec un probable effet domino comme lors de la crise des subprimes de 2008. Certains se rappellent du krach obligataire de 1994. Les encours dans l'obligataire ont quintuplé depuis...

 

Des cycles de crise financière de quatre ans sont évoqués. Et donc la prochaine aurait déjà commencé...

 

Nous comprenons donc que la crise dure maintenant depuis plus de 10 ans et qu'elle n'a pas été résolue. Nous en voyons tous les jours les conséquences. Ce n’est qu’au prix d’une immense création monétaire, véritable course en avant vers le précipice, que celles-ci sont amorties sans qu’il y ait eu encore le déclenchement logique d’une spirale inflationniste. Les autorités monétaires tentent une normalisation de la situation en influant sur les taux d’intérêt de l’argent. Tout le monde est suspendu aux déclarations de la Fed, la Banque Fédérale américaine.

 

Une société d’aspirants à la propriété tel avait été le rêve de Bush, et précédemment celui de Margareth Thatcher démantelant toute politique de protection sociale. Cette dynamique de l’immobilier et de la construction ne devait-elle pas relancer la machine économique ? « Quand le bâtiment va, tout va », dit on en France. Dès 2007 Nicolas Sarkozy avait emboité le pas et fait de l’accession à la propriété son crédo.

 

Las ! Quelque furent les efforts pour l’entretenir, le rêve s’était effondré… Concrètement le crédit ne suit pas les besoins grandissants des débiteurs et les banques prêtent difficilement quand elles n’ont plus confiance, à ceux, par exemple, qui n’ont pas d’emploi stable.

 

 

 

III. Rebonds de l'économie en période de crise.

 

Début 2018, en France, c'est presque l'euphorie chez les investisseurs et les financiers. Tous les chiffres sont au vert. En cette fin de cycle de taux bas, le pouvoir d'achât des ménages s'est amélioré, comme cela avait pu se produire avant 2007 et la crise des « subprimes » aux Etats-Unis. Mieux encore le redémarrage d'une certaine activité économique entraine la perspective d'une baisse du chômage.

 

Mais on remarque vite que cette euphorie est basée sur des tendances, voire des espérances, plus que sur des bilans encore impossibles à faire.

 

La reprise de l'emploi se heurte en France à une inadaptationà du marché du travail. De nombreux emplois ne sont pas pourvus malgré le besoin criant de certains secteurs. La formation professionnelle ne donne pas les résultats espérés faute d'une politique efficace, qui nécessite une logique d'investissements. Mais l'autre raison de cette carence réside aussi dans la faiblesse des rénumérations dans nombre desdits secteurs, par exemple dans le bâtiment, ou la restauration.

 

Cette reprise, comme aux Etats-Unis, est corrélée au déficit commercial, et à la dette publique qui atteint désormais en France près de 100% du PIB. On pourrait certes là encore espérer une amélioration. Mais la situation, comparativement à la dette publique de l'Allemagne qui ne représente que 60% de son PIB, reste cependant inquiétante.

 

Hausse des taux oblige, on peut s'attendre ainsi à une grave augmentation de la Dette. « Pour combler les déficits et refinancer la dette, la France va devoir emprunter 195 milliards d’euros en 2018. C’est-à-dire plus d’un demi-milliard… par jour. Une remontée des taux, actuellement historiquement bas, conduirait donc à faire flamber la facture. Une hausse de 1 point des taux alourdirait la facture de 2 milliards d’euros dès la première année et de plus de 15 milliards au bout de dix ans, alors que la France paye déjà plus de 40 milliards d’euros d’intérêts par an. » Mathieu Castagnet et Marie Dancer, journal La Croix, 31/01/2018.

 

 

 

IV. Une crise de valorisation du capital

 

La société capitaliste, s’affirmant au XIXe siècle, a connu de nombreuses crises sans qu’aucune ne soit fatale. On a même pu dire qu’il était dans la nature de ladite société qu’il en fut ainsi

 

Chaque fois la crise, plongeant un grand nombre dans la misère, permettait néanmoins un nouveau départ par l’exploitation de nouveaux champs.

 

Mais la crise actuelle n’est pas seulement celle du mode de production capitaliste. Elle apparait clairement comme une crise de valorisation du capital imprévue. Et c’est cette question mortifère qui est aujourd’hui difficile à résoudre.

 

Ainsi au début des années 2000, si la «Net-économie » a pu constituer l’engouement des capitalistes, on se rendit vite compte de la difficulté à perpétuer une valorisation du capital en passant d’un secteur virtuel à un secteur réel, c'est-à-dire à celui d’une économie productive.

 

Les mêmes ingrédients sont aujourd'hui toujours présents et l'action de Facebook peut très bien dégringoler...

 

Les tentatives de valorisation du capital par les délocalisations sont vite apparues d'une incidence marginale, sans effet devant l’ampleur de la crise illustrée par une baisse des échanges à l'échelle mondiale.

 

Faute de perspectives de rentabilité suffisante dans l’économie réelle, quelle autre opportunité de gain peut encore apparaitre ?

 

 

 

V . Le stade de la financiarisation de l’économie

 

A partir des années 1980, l’économie, sans nettement déroger aux conceptions keynésiennes basées sur le crédit, bascule vers une financiarisation toujours plus affirmée. Ce sont les activités de spéculations bancaires qui représentent les opportunités de profits les plus intéressantes. Ce sont elles qui vont dominer, dépasser désormais celles de la « sphère réelle » directement productrice de biens. 

 

Le crédit permet de maintenir, pour un temps, un certain niveau de consommation en dépit de revenus salariaux en baisse. Et ceux-ci, dans la logique du système ne peuvent tendre qu’à la baisse puisque c’est le coût du travail qui permet de réaliser une plus-value. C’est ce crédit qui engendre la financiarisation de l’économie. Cette financiarisation finit par provoquer des crises de plus en plus rapprochées.

 

L’ancien Premier Ministre Jospin, signataire du Traité de Lisbonne de 2002, promesse de mise à l'encan des services publics, constatait déjà que la sphère financière représentait « cinquante fois celle de « l’économie réelle » » c’est-à-dire résultant de « travail humain » et de biens réels.

 

Les Etats-Unis ont été les précurseurs de ce modèle de crédit et de spéculation. Du capital est alors généré mais il est vite considéré comme fictif puisque ne conduisant pas à une véritable accumulation. Il est en effet financé avec des capitaux pouvant à tout moment refluer hors du système. Ce système de crédit a été poussé à l’extrême en Amérique du nord ou ailleurs. Bénéficiant de la garantie de l’Etat, les banques ont pu faire souscrire, à des ménages, devenant insolvables, des prêts immobiliers pour accéder à la propriété.

 

En Espagne, ou au Portugal, toujours dans l’immobilier, on retrouva bientôt ce même schéma accentué par une baisse brutale des revenus due à la perte des emplois et à un chômage récurrent.

 

Quand le retournement du secteur immobilier se produit, logiquement ces prêts « sub-primes » aux Etats-Unis ou ailleurs ne peuvaient plus être recouvrés. Ce sont les banques prêteuses et les organismes hypothécaires qui les ont garantis qui entrent en faillite. Après 2008, cette crise se répand via les supports titrisés de « prêts toxiques » dans de nombreuses banques dans le monde entier.

 

Cependant après un reflux logique, l’investissement dans l’immobilier a repris aux Etats-Unis et ailleurs, laissant présager…le remake (4).

 

Cette finance au pouvoir, qui reste intouchable, n’est cependant pas sans visage. Elle est organisée en cercles et groupes de pressions dont les membres sont souvent aux plus hautes commandes des Etats (5).

 

 

 

VI . La crise et les conséquences de la rationalisation du travail des entreprises

 

En toute logique, dans une crise, l’activité économique des entreprises et donc le chiffre d’affaires réel sont globalement en baisse, même si des profits continuent d’exister. Ces entreprises saisissent naturellement toutes les opportunités pour rationaliser la production. Et en premier lieu, encouragé par le marché, on « dégraisse » les effectifs en « rationalisant » les structures.

 

Elles ont délocalisé certaines productions ou des entreprises entières vers des pays à bas coût de main d’œuvre. Les licenciements, le chômage partiel, la baisse des salaires lorsque la résistance des salariés n’a pu s’affirmer, ont été par ailleurs des instruments de démantèlement du tissu social.

 

Le principal souci de l’entreprise capitaliste  c’est le coût de la main d’œuvre, le coût du travail humain. Et on en déduit facilement que, de l’extraction du minerai à la sidérurgie, à la maintenance des machines, c’est bien lui qui détermine dès l'origine, le coût de fabrication d’un produit !

 

L’objectif est donc,dans une société de concurrence, l’abaissement des prix de production des marchandises et des services afin d’en réduire le prix sur des marchés « globaux » de plus en plus compétitifs

 

C’est dans les pays développés que sont donc apparus, dans pratiquement toutes les branches, compte tenu d'une solvabilité apparente du marché, un excès des capacités de production.

 

On comprend facilement que dans cette logique capitaliste faite d’une nécessité absolue de profit, la satisfaction des besoins et les sentiments d’humanité, ne puissent entrer sérieusement en ligne de compte.

 

Dans la crise, des équipements maritimes ou terrestres, avec leurs bâtiments ou leurs équipements, des usines entières sont alors mises au rebut ou cessent de produire. Notons que les secteurs de l’industrie manufacturière ne représentent plus dans ces pays développés qu’une part minime de la production globale. Le « travail scientifique » (innovations et maintenance) y occupent la plus grande place.

 

Les délocalisations n’ont pas seulement touché la « vieille » industrie. Elles touchent aussi les secteurs de la distribution et du transport, ceux des technologies de communication, celles des services bancaires et de la Bourse.

 

Cette recomposition du capital est bien illustrée par l’affirmation du rôle d’un pays comme la Chine qui reste encore lieu d’exploitation du travail industriel, atelier du monde. Des pays comme l’Inde ou le Brésil ont bénéficié de transfert de capitaux en vue de valorisation avec des aléas prévisibles eux aussi

 

Ce bouleversement géopolitique a donc touché également le secteur financier, devenu l'objet essentiel des transactions. Des concentrations, restructurations voire des faillites ont entrainé des prises de participation toujours plus grandes des banques et des institutions financières. Ce sont ces méga-institutions qui contrôlent aujourd’hui les marchés boursiers, prêtes à casser le thermomètre si nécessaire (6).

 

  La baisse du coût du travail, les licenciements et des salaires toujours plus bas sont donc la résultante de ces « réformes » souvent promues par les états.

 

En dehors du fait que la baisse globale des revenus ne fait logiquement qu’alimenter la crise, il arrive que la résistance des peuples face aux sacrifices demandés retardent, puissent même compromettre dangeureusement un système où tout ne tient qu’à un fil.

 

La crise, comme celle qui a surgi clairement en 2008, révèle alors, par le ralentissement brutal de l’économie, des surcapacités de production que l'on peut constater aisément.

 

 

 

VII . Une crise systémique inéluctable

 

La dérive mortifère vers la financiarisation synonyme de crises de plus en plus graves, ne pouvait-elle être prévisible ? Elle est difficilement évitable dans la mesure où elle survient à l’issue d’un cycle long où se sont justement développés et sophistiqués des moyens mis au service des activités financières qui ont fini par dominer toutes les autres activités de la société capitaliste. Les capacités de raisonnement elles-mêmes se sont amenuisées.

 

Ces pratiques paraissent inéluctables car intimement liées à l’idéologie dominante. C’est comme ça et c’est tout ! Voulez-vous vivre comme en Corée du Nord ? (Quoique finalement, de toutes façons !… ) Si l'on avait dit aux Romains qu'ils vivraient bientôt sans Rome comme des Barbares...

 

Cette idéologie dominante semble véhiculée par une locomotive lancée à toute allure que rien ne peut arrêter sinon une catastrophe que personne n’avait osé envisagé, surtout pas parmi les « responsables » ou les économistes ayant pignon sur rue.

 

Répétons le : la crise des sub primes et l’effondrement boursier qui a suivi n’ont donc pas été les déclencheurs de la maladie mais des symptômes alarmant d’une crise économique bien plus profonde où l’accumulation du capital en vue d’un nouveau rebond ne peut plus se faire.

 

Les remèdes du libéralisme de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs, non seulement n’ont pas soigné le malade mais le conduisent encore mieux à sa perte.

 

 

 

VIII. Dévalorisation sans issue du capital

 

L’obsolescence des formes antérieures de production, à présent hors circuit, ayant perdu toute valeur, représente bien une énorme destruction de capital telle qu’avait déjà pu le décrire Marx en évoquant le caractère auto destructeur du mode de production capitaliste.

 

Cette destruction dans la logique du système, prend un caractère aigu pendant la crise et a des conséquences sur la force de travail et les salaires.

 

La surproduction des marchandises et des services résultant donc de cette sur accumulation du capital, provient aussi du contexte de guerre économique, de la loi de la concurrence qui anime les détenteurs de capitaux.

 

Elle ne correspond pas toujours à des stocks physiques d’invendus. Car la gestion de la production et ainsi que les flux d’importations ou d’exportations ont été rationnalisés. L’état de surproduction est latent. Elle n’est évidemment que relative à l’état du marché car les besoins réels non satisfaits, eux, ne font que s’accroitre.

 

C’est la demande solvable qui détermine la part de plus-value revenant à la force de travail. La manière dont se fait la répartition de cette plus-value entre les profits et les salaires est donc un choix finalement politique de grande importance.

 

Dès avant 2008 la mise en valeur du capital devenait de plus en plus difficile et prenait des aspects prédateurs. Face à une situation où l’exploitation en vue d’une plus-value voit sa base de plus en plus restreinte dans les pays dits développés, les grandes entreprises capitalistes, certes les mieux placées, se sont organisées autour des secteurs clés les plus rentables. La rationalisation de la production se fait alors en introduisant de nouvelles technologies permettant de réduire toujours plus la part du travail dans la production. Ces gains dans la production permettent de comprendre pourquoi il n’y a pas de reprise de l’emploi lors des fameux rebonds que l’économie affiche de temps à autre.

 

Chaque mise à pied est au contraire saluée par une hausse des cours en Bourse de ladite entreprise licenciant. Et quand l’embauche réapparait au gré de restructurations elle se fait toujours dans des conditions de travail et de salaires inférieures et beaucoup plus précaires qu’auparavant.

 

N’oublions pas que le travail, dans la logique de cette société, n’a de valeur que s’il peut rapporter un profit et non pas satisfaire un besoin.

 

La destruction du capital suit elle aussi l’évolution de l’économie. Elle ne concerne donc plus l’économie productive « réelle », mais aussi les bulles de capital fictifs qui se sont accumulées au gré de la spéculation monétaire et boursières. Quelle est l’ampleur de ces phénomènes de destruction de valeur ?

 

En quelques jours, début août 2011, en Europe et aux Etats-Unis, la capitalisation boursière aurait baissé de plus de 900 milliard d’euros. Cela représente plus d’un tiers des pertes des six mois précédents. Période pendant laquelle les marchés boursiers des deux côtés de l’Atlantique, auraient perdu 3400 milliards d’euros. Soit plus de 30% du Produit Intérieur Brut des Etats-Unis.

 

C’est justement dans le secteur bancaire que la destruction de capital accumulé, après avoir généré de confortables profits dans la phase d’ascension du cycle, devient spectaculaire.

 

Les Etats et les entreprises défaillantes voient évidemment leurs actifs entrer dans un cycle de dévalorisation. Leur bilan se réduit et ils doivent se mettre en quête de difficiles « recapitalisation» puisque le risque de faillite se profile grandissant. A titre d’exemple le titre de la Société Générale se négociait à 140,54 € fin avril 2007. Après la crise financière fin mars 2009, il n’est plus alors qu’à 18,81€. Début avril 2012, il ne remonte encore que de quelques centimes pour s’établir à 18,92 €…

 

Et la solution, la plus envisageable, est donc une nouvelle purge se traduisant par une baisse de l’emploi en Europe et aux Etats-Unis. Notons au passage la grossière manipulation des chiffres du chômage où ne sont plus comptabilisés ceux qui ne sont plus inscrits comme demandeurs d’emploi... On estime encore, en 2018 ,aux Etats-Unis, à 100 millions de personnes le potentiel de travail non employé.

 

Cette purge cependant ne résout rien. Elle ne met même pas fin à l’explosion de la dette publique. Les facilitations quantitatives (quantitatives easings) politiques appliquées d’abord plus ou moins discrètement aux Etats-Unis et en Europe, puis ouvertement, ne sont que l’équivalent d’un fonctionnement de la planche à billets. « Par exemple, la fed’ injecte 1020 milliards par an de Helikpter-Money issue de la planche à billet, ce qui équivaut à ce qui a été injecté de 1933 à 1940 pendant le New Deal » note le 07/11/2013, Thomas le Cimbre sur son site « Rénovez Maintenant » aujourd’hui disparu. Un tel financement reste basé parfois sur des échafaudages branlants, popularisés par Ponzzi et ses fameuses pyramides. On emprunte sur des garanties de prêts eux-mêmes basées sur des garanties de garanties etc.

 

 

 

IX. L’échec de la solution keynésienne

 

 

 

1. Idées générales

 

La politique des libéraux, depuis Jean Baptiste Say, est depuis longtemps passé à l’épreuve des faits. Mais c’est surtout la grande crise de 1929 qui va remettre le rôle de l’Etat au premier plan. Comme toujours, même si idéologiquement au niveau du discours, les capitalistes prétendent s’en affranchir, le voir intervenir le moins possible, c’est dans sa pélerine qu’ils s’y réfugient en cas de « coups durs ». Il est finalement leur créature et il est fait pour ça...

 

La crise de 1929 semble conforter les partisans d’un état fort. Il est, de toutes façons, difficile de déceler alors l’impact réel de celle-ci dans des états totalitaires à fortiori relativement peu industrialisés, comme l’Union Soviétique ou l’Italie fasciste. Mais le sentiment est alors qu’ils n’ont pas été vraiment touchés par ladite crise.

 

Keynes a alors déjà écrit plusieurs ouvrages démontrant que l’intervention de l’Etat peut être nécessaire pour un meilleur fonctionnement de l’économie capitaliste libéral. S’opposant idéologiquement aux totalitarismes qui naissent alors, mais correspondant néanmoins avec certains ministres d’Hitler, il s’inquiète surtout d’une possible avancée du « communisme ».

 

Toute réforme doit donc comporter un volet social, afin qu’elle puisse être acceptée sans conflit majeur avec les salariés.

 

Surtout une politique de revenus nominaux stables permet aussi de relancer le marché. A cet égard l’intervention de l’Etat doit donc être exemplaire. Certes il s’endette au départ mais en promouvant des grands travaux n’amorce –t-il pas la reprise de la machine économique ? L’inflation, parfois mal nécessaire peut elle aussi être régulée. Elle permet notamment de diminuer les salaires en évitant un heurt frontal.

 

Parallèlement les circuits financiers, la monnaie, doivent aussi faire l’objet d’une régulation qui ne peut s’établir que par des accords internationaux.

 

Un des points essentiels est de permettre aux pays débiteurs de retrouver leur équilibre budgétaire condition nécessaire à la stabilité générale des autres pays.

 

La nouvelle valorisation du capital ne peut s’effectuer qu’avec une surexploitation des travailleurs. Mais c’est encore insuffisant s’il n’y a pas une promesse de marché en perspective. Or sa capacité de renouvellement est alors palpable. La guerre et ses destructions garantissent le rebond. Remarquons ici qu’un tel cas de figure est aujourd’hui difficilement envisageable compte tenu de la saturation des dits marchés et de perspectives grevées par des problèmes environnementaux.

 

Les idées de Keynes, évolutives, ne furent pas mises en application en 1932 avec le New Deal de Roosevelt. Tout juste s’en inspira t-on à partir de 1937. Mais tous les plans du monde capitaliste n’auraient pu éviter alors un rebond de la crise qui, en réalité, ne trouva un aboutissement qu’avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

 

L’Après guerre avec notamment les accords de Bretton Woods consacre en partie les conceptions de Keynes, proches de celles des sociaux démocrates, thèses qui vont imprimer l’Economie jusqu’au milieu des années 1970.

 

 

 

2. Synergie de l’intégration du mouvement ouvrier et des politiques keynésiennes.

 

Mais les crises ressurgissent. Elles ont toujours secouées le système capitaliste contrairement à une idée reçue qui voudraient que l’on recherche à chaque fois une erreur ponctuelle et quelques lampistes maladroits, des ignares ou des escrocs mis en pâture.

 

Et c’est au moment même où l’on commençait à chercher à enterrer définitivement Marx, dès la fin du XIXe siècle que de graves secousses ont commencé à se produire.

 

Tant qu’une possibilité d’expansion est envisageable on ne voit pas pourquoi le système sombrerait.

 

La première Guerre mondiale, comme toutes les guerres, aurait pu permettre un nouveau démarrage. Mais il est entravé par deux crises graves, la seconde étant celle de 1929. C’est à la fin de cet entre-deux guerres que Keynes commencera à être pris en considération.

 

Pour parvenir à un degré d’exploitation du travail maximum en vue d’une accumulation nécessaire de capital, il convenait tout d’abord de briser la résistance du mouvement ouvrier. La tuerie de la Première Guerre Mondiale avait certes déjà fauché nombre de militants jeunes parmi les meilleurs. Entérinant le modèle bersteinien les sociaux-démocrates (7), qui encadrent désormais la classe ouvrière, accordent leur démarche revendicative avec le nouveau mode de développement capitaliste.

 

Alors qu’ils n’avaient été jusqu’à présent que des producteurs, les salariés devenaient à présent consommateurs, ayant « le droit » de racheter les produits de leur travail qu’ils pouvaient, qu’ils devaient consommer.

 

Le moteur de l’économie se modifie en même temps que l’idéologie dominante pénètre le monde ouvrier. Le « camp ouvrier » avec ses modes vestimentaires, ses conduites, sa morale, disparait alors. A la fierté d’être prolétaire, succède la honte, la volonté de se fondre dans le modèle bourgeois, costume-cravate, « dans le vent », cheveux courts raie sur le côté au volant de sa nouvelle voiture…. L’exploitation devient donc totale : âme et corps se doivent d’appartenir au système. Et toute possibilité d’organisation radicale contre lui, sans les sociaux-démocrates qui sont devenus les seuls interlocuteurs acceptables, est rapidement marginalisée, considérée comme criminelle.

 

Né dans les années 1920 aux Etats-Unis, c’est ce que l’on a appelé le « compromis fordiste ». Le fordisme est un pendant politique, une perspective d’accord de classe qui pénètre le mouvement ouvrier et qui s’intègre parfaitement avec la vision politico-économique de Keynes.

 

 

 

3. Offensive ultra libérale et déclin du keynésianisme.

 

Les conceptions et applications inspirées de Keynes et consolidées par le compromis fordiste devaient assurer dans le cadre du système capitaliste, la sécurité économique et sociale des populations, même les plus modestes,.

 

Et dans cette perspective le courant antiparlementaire, majoritairement influent au sein du prolétariat jusqu’à la Première guerre mondiale, s’effaçait. La fausse alternative du « socialisme » d’État, repoussoir commode, devenait le seul « contre-modèle » ayant droit de cité.

 

On aurait pu croire que la boucle était bouclée.

 

Mais, dès le début des années 1970, les pressions de l’économie, la baisse des profits dans le secteur productif, sonnait le glas des politiques keynésiennes et du compromis fordiste.

 

L’inflation qui apparait alors se développe en même temps que s’accroit le chômage. Situation que n’avait pas prévue Keynes. En effet, d’après lui, si le chômage est dû à un manque de demande, alors les prix ont tendance à baisser, donc, pour lui, le chômage est directement lié à une déflation. Et s’il y a inflation et donc excès de demande, cet excès de demande tire l’offre globale vers le haut. Et plus l’offre aurait donc tendance à réduire le chômage.

 

Que s’était-il donc passé alors pour que coexistent chômage et inflation ?

 

L’inflation, en 1973, n’est pas une inflation due à une « demande agrégée » excessive,-c’est-à-dire, selon la définition de Keynes, une augmentation de la consommation des ménages, des investissements, des dépenses de l’Administration, mais une inflation due aux coûts.

 

Les prix montent parce que le prix de l’énergie et du pétrole montent.

 

Le prix du baril de pétrole passe alors de $2 à $35. Malgré un manque de demande et un contexte de crise économique et donc de chômage, l’inflation s’est transformée en une inflation des coûts. Et Keynes ne donne pas de réponse sur la manière de combattre une telle inflation.

 

Mais d'autre part cette augmentation du prix de l’énergie ne doit pas masquer la tendance à une réduction continue des taux de profits dus à l’augmentation de la productivité. Le chômage augmente parce que le capital fixe (machines, technologie) s’est développé de façon exponentielle. Ainsi en France la part de capital fixe investie par travailleur augmente de moins de quatre fois sur cent ans, entre 1850 et 1950. Mais elle croit de plus de 10 fois entre 1950 et 1990. Intrinsèque au système, un tel danger est nié par les « économistes officiels » qui gardent seulement pour objectif le meilleur rendement possible du capital.

 

Dans leur logique l’issue ne peut à présent résider que dans l’application de politiques néolibérales. Milton Friedman sert de nouvelle référence et, après avoir considéré le Chili de Pinochet comme un laboratoire, il inspire les politiques de Reagan et de Thatcher.

 

Qu’aurait pu faire d’autre les capitalistes pour continuer à assurer leurs profits ? There is no alternative, isn’t ?

 

Le budget public de l’Etat doit être neutre, équilibré, les dépenses publiques doivent être financées par les revenus de l’Etat, le contrôle de l’économie doit passer uniquement par une action sur les taux d’intérêt…

 

Dans la logique d’un retour à ce libéralisme « bienfaiteur » l’accent est mis sur la microéconomie et non plus sur la macroéconomie comme le préconisait Keynes.

 

Ainsi l’inflation, doit être combattue à présent au niveau microéconomique, c’est-à-dire au niveau des sociétés et des entreprises, en s’opposant à l’augmentation des coûts salariaux et des coûts de production, au moyen de l’innovation, d’une meilleure productivité, d’une meilleure compétitivité, d’une meilleure qualité, etc.

 

En clair une surexploitation maximum des êtres humains et des machines.

 

Le premier objectif pour retrouver des marges de profit convenables, est la démolition méthodique et systématique de l’ensemble des acquis sociaux du prolétariat : services publics, régulation du marché de l’emploi, Sécurité sociale, etc. Tout ce qui n'est pas rentable doit disparaître.

 

Parallèlement à cela, sans déroger à une certaine conception keynésienne, on favorise l’accession à la propriété des plus modestes quitte à ce qu’ils s’endettent. Mais ceci est alors une autre histoire …

 

Dans ce nouveau contexte, où la seule perspective est celle d’un talon de fer impitoyable, la collaboration de classes perd toute pertinence pour les salariés. Mais cela suffit-il à la mise sur pied et à une claire perception d’un réel projet alternatif au capitalisme décadent ?

 

A partir de 1979 on constate un retournement monétariste qui tient son origine dans la conséquence d’un manque de rentabilité du Capital à l’échelle internationale. L’heure était venue de se débarrasser de Keynes. « Libéraliser » veut dire alors trouver les moyens de sortir le capitalisme mondial de sa crise de rentabilité.

 

N’a t-on pas trouvé la bonne voie quand les performances de la sphère financière deviennent si vite spectaculaires ? En 1986 elles avaient progressé de 130% soit une croissance dix fois supérieure à l’économie réelle des pays de l’OCDE. !

 

Le découplage entre les deux « sphères » a rapidement favorisé des crises et des « bulles » qui se succèdent à un rythme inquiétant. La première, réponse au « libéralisme-bienfaisant-retrouvée », à « Votre argent m’intéresse » et donc à la financiarisation montante, date du « craquement » d’octobre 1987. Quelques discours et une confiance sans faille dans le bien fondé du « laissez faire laissez passer » laissaient déjà voir néanmoins, pour seul horizon, des dévalorisations financières en chaîne.

 

 

 

4. Un libéralisme dérégulateur et « bienfaiteur ».

 

La Chute du Mur de Berlin sanctionne la faillite du capitalisme d’Etat. Mais cet évènement prélude aussi à un effondrement progressif du système capitaliste tout entier.

 

La baisse tendancielle du taux de profit est remise à l’ordre du jour. L’analyse de cette baisse est-elle fondée ? Bien des analystes et penseurs, comme Michel Husson, l’ont mise en question. Nous n’entrerons pas ici dans un débat primordial. Mais nous nous permettons de donner ici cependant notre « intime conviction ». Si le profit n’était pas sans cesse remis en question, pourquoi les grandes entreprises sises dans les pays anciennement industrialisés, auraient-elles conçues des délocalisations de la main d’œuvre à grande échelle ? C’est bien en tous cas le coût du travail qui détermine ledit profit.

 

Les déficits publics s’accroissent et le système bancaire des grands pays capitalistes subit alors des coups de boutoir de plus en plus sévères. Les restructurations se succèdent visant à éponger les créances « douteuses », qui sont en réalité les anticipations de profit et de spéculation impossible à réaliser.

 

Les représentants du capitalisme mondial, s’inspirant alors des conceptions néo libérales de Milton Friedman et de Friedrich Hayek, ne remettent en rien de « l’ordre » en abolissant toute règle qui entraverait le fonctionnement « libre » des marchés. Pour retrouver les « meilleurs rendements » on a certes abouti, grâce à la « bienfaisante concurrence », à un décloisonnement en chaîne de la sphère financière. Mais du même coup tous les établissements bancaires sont alors voués à la contamination par les fonds « douteux » auxquels ils sont liés.

 

Et aujourd’hui, seuls quelques naïfs, peuvent encore croire en un sursaut, un retour en arrière aux temps paisibles où banques et institutions financières verraient à nouveau leurs activités recentrées.

 

Le Glass Steagall Act avait certes été révoqué aux Etats-Unis en 1999 sous l’administration Bush. Mais Clinton avait empêché à la Commodity Futures Trading Commission de réglementer les produits dérivés, ce qui était devenu le fondement des spéculations massives. Avec la loi Commodity Futures Modernization Act, le Congrès avait même interdit en 2000 la régulation des produits financiers dérivés.

 

En France ce fut la loi bancaire de 1984 qui mit fin à la distinction entre banques commerciales et banques d’investissement. Etablissements de crédit et maisons de titres voient ensuite leurs frontières s’abolir à travers la réforme des Bourses de Londres et de Paris. Le système bancaire est aussi réglé à l’échelle européenne par les différents traités, dont celui de Maastricht et les accords de Bâle. C’est ce qui explique le recul du gouvernement « socialiste » français, après les élections présidentielles de mai 2012, à propos d’une chimérique « promesse de campagne » jamais appliquée, visant à « séparer les activités spéculatives des banques des activités de dépôt ». Face à l’opposition des grands établissements bancaires, le projet de loi promis par le président de la République François Hollande accoucha d’une souris.

 

Voilà, avec la « taxe des transactions financières » et la « limitation des bonus »,des exemples de « serpents de mer » régulièrement mis à la une des médias.

 

 

 

X. L’intégration des secteurs bancaires et financiers nationaux facilite la diffusion de la crise.

 

Ces secteurs où les mouvements de capitaux sont accélérés, apparaissent fragilisés par des faiblesses avérées et cachées – les « actifs pourris » - et porteurs de la faillite de tout un système (faillite de la Grèce).C’est la confiance, élément fondamental, qui est finalement attaquée

 

Et les prétendues réformes dudit système bancaire, annoncées à grands coups de trompettes, apparaissent, quand on les analyse bien, comme écran de fumée masquant une impuissance naturelle face aux grandes institutions financières.

 

. La crise financière, rebondissant à nouveau dans la petite Chypre en 2013 montrait qu’aucune issue régulatrice, n’avait été trouvée.

 

Avec un budget public apparaissant épuisé, il fallait boire cette potion cypriote jusqu’à la lie. La confiance dans le système financier et ses autorités en avait encore pris un sérieux coup devant la menace de réquisition des dépôts des épargnants. Mais cette arnaque-là, - rude ironie - les épargnants russes ne s’y étaient-ils pas déjà habitués avec les confiscations que Boris Eltsine avait déjà perpétrées en 1998 ?

 

Dans « la retombée sur terre » les actifs pourris apparaissant pour ce qu’ils sont, de nombreuses entreprises et institutions manquent de capital pour alimenter l’économie en crédit frais.

 

Nous nous arrêterons ici. Concluons par un auteur et une citation qui vont donner des boutons à certains et susciter un ricanement de circonstance chez d’autres….

 

« Il va de soi que les moyens de paiement font défaut pendant une crise. Le besoin de convertir des traites s’est substitué à celui d’échanger des marchandises, et cette situation s’aggrave d’autant plus que pendant pareille période une partie des maisons de commerce s’appuie exclusivement sur le crédit. Aussi des lois absurdes sur les banques, comme celle de 1841-45, peuvent-elles aggraver une crise financière. Aucune loi ne peut la supprimer.

 

« Dans un système de production dont la cohérence repose entièrement sur le crédit, une crise et une demande violente de moyens de paiement doivent inévitablement surgir lorsque le crédit est supprimé brusquement et que seuls les paiements en espèces sont admis. A première vue, tout doit se ramener à une crise de crédit et d’argent, étant donné qu’il n’est question que de la possibilité de convertir des traites en argent. Mais ces traites représentent, d’une part – et c’est la plus grande masse – des ventes et des achats réels dépassant de loin les besoins de la société et par cela même causes de la crise ; d’autre part, des affaires véreuses qui alors seulement viennent au jour, des spéculations malheureuses faites avec les capitaux des autres, des marchandises dépréciées et invendables. Dans ces circonstances, le système artificiel auquel a abouti l’expansion violente du procès de reproduction, ne peut naturellement pas être rendu normal par l’intervention d’une banque, la Banque d’Angleterre par exemple, qui emploierait son papier pour constituer aux tripoteurs le capital qui leur manque et acheter à leur première valeur nominale toutes les marchandises dépréciées. D’ailleurs, tout semble renversé dans ce monde du papier, où nulle part ne se rencontrent les prix réels avec leurs bases réelles, et où il n’est jamais question que de lingots, espèces, billets, traites, valeurs, principalement dans les centres, comme Londres, où se concentrent toutes les affaires financières du pays. » (Le Capital, Volume 3, Chapitre 30.)

 

 

 

XI. Etatisme et mythe des nationalisations.

 

L’intervention de l’Etat serait pour les capitalistes, tenants du néo libéralisme la pire des erreurs. On connait à présent la rengaine. Il faudrait laisser le marché s’équilibrer, c’est-à-dire éliminer tous les obstacles qui pourraient entraver la quête des profits nécessaires comme par exemple la résistance des salariés qui voudraient préserver leurs revenus.

 

C’est ainsi que Margareth Thatcher privatisa les services publics en Grande-Bretagne tout en brisant l’opposition des salariés en grève (grève des mineurs de 1984-85). Ce mouvement de privatisations qui revenait à vendre des secteurs entier des services publics pour une bouchée de pain, s’étendit au monde entier. Et la Grande-Bretagne, toujours en difficulté de par ses déficits publics, ne s’en est toujours pas remise en regard du niveau de vie de ses habitants.

 

C’était au fond un moyen à court terme pour l’Etat de gagner quelques sous, d’épargner certaines dépenses, et de tenter ainsi – en vain ! - de faire baisser ledit déficit public.

 

Mais la crise de 2008, qui émergeait sous forme de crise financière, obligeait au retour de mesures interventionnistes. Mais pas vraiment dans le sens espéré par certains ! Comme toujours aussi, c’était les mêmes qui, vilipendant hier cette intervention étatiste, la réclamait aujourd’hui à cor et à cri. Mais que faisait la police ?

 

On rassura donc les banquiers, tout d’abord aux Etats-Unis. L’administration Obama, qui était entre leurs mains, leur allongea la ligne de crédit espéré et promulgua le décret qui protégeait les plus grandes institutions financières « too big to fail ». L’argent public, celui des contribuables moyens, leur servirait de garanties. Mais mieux encore l’Etat fédéral intervenait pour nationaliser des secteurs en difficulté, comme celui de l’automobile, avec General Motors.

 

Des vrais « socialistes », s’émerveillèrent certains Européens ! Si les Américains nationalisaient, ne pouvait-on pas le faire chez nous, à Florange par exemple ?

 

En réalité le gouvernement français de gauche restait lucide quant à la politique américaine. Si General Motors avait été pris en mains par l’Etat, celui-ci avait agi comme n’importe quel repreneur capitaliste en quête de profits et de plus-value. Il avait donc avalisé les licenciements, continué à baisser les salaires. Puis il avait remis l’entreprise « dégraissé » de ses effectifs sur le marché, empochant le bénéfice de sa vente. Globalement le sort et la condition des travailleurs n’avaient pas changé, pire il restait dans la même perspective d’aggravation constante.

 

Se souvenant des restructurations ratées des années 1970-1980 dans la sidérurgie, se coltiner une acrobatie de ce genre ne convenait guère aux gouvernements français des années 2013 sans réelle capacité financière.

 

Reste un exemple phare d’intervention étatique, en Allemagne, que la gauche française et les keynésiens ressassèrent pendant un temps.

 

En 2001, les entreprises allemandes Saarstahl et Dillinger Hütte sont placées sous le contrôle de Montan-Stiftung-Saar, une fondation destinée à « promouvoir et renforcer la sidérurgie sur les rives de la Sarre », « soutenir la recherche scientifique et la formation ». L’« objectif d’éviter le chômage » est mentionné dans les statuts de cet organisme codirigé par les syndicats. Le leader social démocrate de Sarre, Oskar Lafontaine s’en félicite car« le grand avantage de ce système, c’est que les bénéfices sont réinvestis localement. » (8).

 

Remarquons que cette intervention régionale date de 2001, époque où les choix budgétaires et les prises de risques n’étaient pas aussi prégnants qu’après la crise de 2008. Mais surtout cette capacité d’adaptation est suscitée par la perspective de gains d’une industrie déjà performante où l’innovation et la qualité du travail avaient permis un conquête régulière des marchés depuis des années.

 

L’industrie allemande est aujourd‘hui hégémonique dans nombre de secteurs-clé. Ce qui n’est pas le cas de l’industrie française !

 

Dans le cadre capitaliste, nationaliser une entreprise sur le déclin, sans apport de capacité d’innovation, même en « rationalisant son organisation » – en clair : en licenciant – n’est pas pour autant gage de réussite c’est-à dire de profits.

 

On a gardé en France un souvenir ému des nationalisations qui ont eu lieu après guerre. L’Etat s’est alors substitué à l’initiative privée et, dans une vision keynésienne, a impulsé, comme c’était son rôle, une politique de grands travaux et de réformes qui correspondait à l’essor économique de reconstruction d’après-guerre.

 

Mais en 1981 quand la gauche arrive au pouvoir en France, les nationalisations représentent alors simplement un coût sans espoir de retour sur investissement. Le budget n’est pas à la hauteur de ces prétentions. La droite, revenue au pouvoir, mais aussi la « gauche réaliste », s’engage ensuite dans une politique de privatisations « bienfaisantes » du genre de celle qui avait démantelé les services ferroviaires en Grande Bretagne, par exemple..

 

Même dans les classes modestes, l’intervention de l’Etat est vue comme la seule planche de salut. Chacun tend sa cébille sans pour autant réclamer clairement son du, le fruit de son travail.

 

On ne conçoit pas que cet Etat soit simplement le produit des rapports sociaux d’appropriation privée des moyens de production et qu’il ne peut dominer l’Economie.

 

L’Etat peut corriger certains « excès » et « exagérations » et réguler dans « l’intérêt général », c'est-à-dire en fin de compte celui du capitalisme. Mais pas plus. Pire encore il peut faire des « erreurs » dans ses interventions et s’engager dans des voies menant directement à la catastrophe et à la guerre comme celles des fascismes des années 1930.

 

En cette deuxième décennie du XXIe siècle, les nationalisations n’auront pas lieu car elles n’apparaissent en rien comme des sources de profits. Et l’Etat, plus que jamais, n’a d’autre politique que celle de la rentabilité. C’est d’ailleurs dans cette logique – « combattre le déficit budgétaire » - qu’il supprime ou veut amener à la baisse nombre de postes afférant aux services publics.

 

 

 

XII. Fin du travail ou fin du salariat ?

 

Les moyens techniques et la technologie révélant sans cesse des innovations ne sont-ils pas la preuve que le travail est de moins en moins nécessaire ?

 

Mais remarquons que ces progrès, non seulement ne permettent pas aux hommes d’échapper au combat pour la survie, mais laissent sur le carreau des millions de travailleurs potentiels sans revenu car sans emploi.

 

Il était logique, pour les socialistes utopiques du XIXe siècle, de demander une indemnisation à vie pour le travailleur qui avait été licencié du fait de la modernisation de l’entreprise. Cette « modernisation » permettant d’augmenter les profits, ne devait donc pas léser celui dont le travail devenait inutile.

 

Pourquoi n’embauche t-on pas là où l’on manque cruellement de spécialistes ou de bras, comme par exemple dans les services de santé ? Pour répondre à ces questions, qui partent du simple bon sens, il convient de donner préalablement une définition claire de ce qu’est le travail.

 

Celui-ci évolue en fonction de l’organisation sociale.

 

Il n’est pas le même à l’ère préhistorique, où il représente crument un combat contre la nature, qu’au Moyen-Age où il est obligatoire pour les uns et non pas pour d’autres.

 

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, avec la montée du libéralisme, que l’on admet que la force de travail doit se vendre à son « juste » prix. Bien vite aussi on constate que ce prix du travail, comme celui des produits, est fonction du marché. C’est aussi pourquoi il est inadmissible – tout comme précédemment au Moyen-Age – que des ouvriers s’entendent pour faire grève car non seulement c’est une atteinte à la propriété privée (en l’occurrence la vie de l’entreprise) mais c’est une tentative de dérégulation de ce marché « libre ».

 

Le marché ne fixe pas seulement le prix du travail. Il détermine également l’utilité de certaine taches et spécialités. Mais qu’est ce que l’utilité ici sinon la possibilité pour l’entreprise de faire ou non un profit ?

 

A quoi bon continuer a élever des chevaux et à construire des diligences si l’automobile est le produit qui se vend le plus ? Le travail devient inutile s’il revient plus cher que l’investissement et les bénéfices espérés. Le but des innovations est justement d’en économiser le plus possible.

 

A partir du XIXe siècle la forme de travail qui domine est le salariat. Même certains canuts qui travaillent à leur compte – les « auto-entrepreneurs » de l’époque ! - au début du XIXe siècle, ont des rapports de salariés avec les marchands qui leur achètent la production et qui déterminent le prix d'achat.

 

N’allons pas plus loin et résumons ici la définition du travail actuel : il correspond à la généralisation du salariat au service du capital. Ses variations, à la hausse comme à la baisse, en matière d’emploi, correspondent aux besoins du marché où les capitalistes se livrent une concurrence acharnée. C’est ce marché, où le patron établit sa stratégie pour tenter de faire les meilleurs profits, qui commande.

 

Si des millions de travailleurs potentiels sont aujourd’hui au chômage, n’arrivant plus à subvenir aux nécessités les plus élémentaires de la vie, et malgré les besoins criants d’une grande partie de la population, c’est simplement parce qu’ « on » a aucun intérêt à les faire travailler : leur travail ne rapporterait aucun profit pour les capitalistes.

 

Les marchés étant saturés et les revenus diminuant, le chômage – c’est-à-dire l’inutilité du travail dans une telle conception de profit – ne peut que globalement s’accroître.

 

Certes la lutte des salariés peut retarder la mise en place des « réformes » tant attendues par les capitalistes. Mais il est donc trompeur de faire croire que la durée ou le coût du travail vont être déterminés par une « sphère politique » qui l’imposerait à une « sphère économique ».

 

Cette conception bourgeoise des deux sphères, mystification toujours entretenue par une grande partie de la gauche, correspond à la vision d’un Etat neutre, arbitre entre toutes les parties et susceptible de faire valoir le « bon droit ». C’est la conception de certains syndicalistes mais aussi de philosophes et penseurs libéraux comme Méda et Rifkin (9). Ce dernier admet quand même à demi-mots que, dans le cadre du système, travailler moins signifie le plus souvent tirer le diable par la queue même si l’on doit bien sûr rester zen….

 

On ne peut manquer de souligner que l’Etat et ses lois sont les simples résultantes d’un rapport de forces où le capital décide. Evoquer le travail et ce qu’il peut rapporter, doit tenir compte que la question n’est pas non plus de savoir comment le Capital peut être collectivisé – vision de la gauche et de l’extrème-gauche - mais comment il peut être aboli et remplacé par le Travail lui-même. Abolir le capital c’est en même temps en finir avec ledit travail correspondant, c’est-à-dire le salariat. N’étant plus commandé par l’impératif du profit, le travail change de nature et devient simplement une activité relative aux besoins du moment.

 

On ne peut qu’être interpelé cependant par l’énorme potentiel de production et les capacités humaines qui ne sont pas utilisées ou qui sont même souvent détruites devant nos yeux. Poser correctement la question de l’avenir du travail revient alors à faire la critique de la société toute entière.

 

 

 

XIII. Le lien social

 

Dans la société actuelle l’argent est le lien qui domine. C’est lui qui est le facteur des relations telles qu’elles doivent exister dans l’idéal bourgeois.

 

Cependant la nature humaine est faite de sentiments difficilement quantifiables et échangeables. N’ayant plus rien, démuni de tout, il ne reste au prolétaire qu'est devenu l'être humain moderne, que cette nature humaine, ses sentiments. Mais le prolétariat, quand il n’est pas combattant, est transparent ou simple reflet caricatural de la classe dominante et de ses valeurs. La contradiction peut bien sûr naître entre les aspirations « bourgeoises » et l’absence de moyens pour les réaliser.

 

On aurait pu craindre que l’expansion des réseaux de communication avec internet favorise une réalité encore plus sordide, une solitude faite d’entités virtuelles, c'est à dire une aliénation des plus profondes

 

Plutôt que se parler au coin de la rue, d’engager la conversation, d’aller vers l’Autre, on reste assis le cul sur un fauteuil devant son écran à « communiquer » avec quelqu’un qui n’existe peut-être pas. La silhouette individualiste moderne est connue : écouteurs dans les oreilles, mini micro, ray ban masquant les yeux, et accessoirement patins à roulettes ou vélo pour filer plus vite sans voir personne… Dépossession et solitude. La coquille absolue d’où le mollusque sort rarement.

 

Oui, mais les évènements d’Afrique du nord et de Syrie, en 2011, ont montré que l’internet et les téléphones portables avaient permis aux insurgés de se rejoindre pour agir collectivement. Le Pouvoir ne s’y trompe pas qui fait tout alors pour contrôler la Communication.

 

L’individualisation et le consumérisme qui ont gagné toute la société se heurtent aux frustrations engendrées par une société en crise. On n’arrive pas à s’en sortir tout seul quoiqu’en dise toujours le discours officiel médiatique. A côté d’actes individuels désespérés et parfois violents, surgit aussi, minoritaire, un renouveau du lien social. D’abord dans les milieux les plus intellectuels, qui comprennent par exemple, l’intérêt du jardinage et des jardins collectifs, ou encore les échanges directs du producteur au consommateur.

 

Jamais depuis 2008 les Américains n’ont autant jardiné ! La mémoire y étant inexistante, peu d’entre eux savent que leurs grands-parents avaient fait la même chose dans les années 1940…

 

On pense aux AMAP mais aussi à des coopératives solidaires comme « Croquez local » dans le sud ouest de la France. La CNT française a publié un ouvrage, « l’Autogestion », où sont cités plusieurs de ces initiatives. Même s’il ne développe pas clairement le concept de la rupture radicale nécessaire d’avec le capitalisme, le livre retrace avec pertinence le fil du projet autogestionnaire, qui, au gré de la crise économique, semble bien la seule perspective raisonnable.

 

Des évènements festifs recherchés (carnavals, fête des voisins, fête de la musique) marquent des signes d’une convivialité confusément recherchée. Des initiatives de collecte et d’organisation de dons sont prises au niveau local, comme par exemple à Aspet, dans les Pyrénées, où l’on peut obtenir tout le nécessaire pour nouveaux nés souvent gratuitement.

 

Le don, sur la voie publique, fait partie d’attitudes nouvelles. Lors du mouvement social dans les Antilles plusieurs agriculteurs donnèrent leur production aux manifestants dans la rue comme cela se produisait fréquemment jadis, en solidarité, lors des mouvements de grève.

 

Ces attitudes qui peuvent paraître « interclassistes », ne sont certes pas toutes destinées à déboucher sur le « grand parti révolutionnaire ». Dans la crise elles traduisent néanmoins un retournement face au discours de l’idéologie dominante.

 

 

 

XIV. Un projet autogestionnaire

 

Quelle est aujourd’hui, hormis la guerre, la perspective d’un nouveau cycle de développement capitaliste ?

 

On peut faire le cauchemar d'une survie du système caractérisée par le rétrecissement. Un rétrécissement des marchés où les échanges ne se font plus que par et pour une minorité, une oligarchie, face à des populations inombrables et démunis, sans travail, sans revenus, sans protection sociale, survivant des miettes que voudront bien leur laisser la nouvelle aristocratie. C'était le modèle de la société du XIXe siècle. Comme la décadence de l'Empire romain, cette perspective serait le constat d'un échec final du capitalisme.

 

Cet échec promis des politiques néo libérales, ou keynésiennes face à la crise, peut aussi ouvrir la voie vers une réelle alternative. Cette crise a indirectement remis en question l’existence des organisations politiques et syndicales réformistes traditionnelles qui trouvaient leur raison d’être dans la vision keynésienne de l’Economie. Or ce réformisme est aujourd’hui impossible. Et les « politiques » semblent impuissants, discrédités, tenant à droite comme à gauche le même discours qui consiste à vouloir baisser par tous les moyens le coût du travail.

 

Cette promesse de « sang et de larmes » la seule que peuvent faire les tenants de l’ordre établi, devient inacceptable et génère naturellement des résistances où l’on retrouve des principes de toujours, ceux qui animaient les premiers syndicats ouvriers du début du XXe siècle.

 

La crise ne constitue t-elle pas alors un moment propice de mobilisation en vue de la construction d’un monde nouveau ?

 

Mais, paradoxe apparent, ceux qui devraient en ressentir la nécessité semblent rester sans conscience, soumis et résignés à l’ordre établi. Pire encore : l’offensive ultra libérale liée à la crise font se jeter une grande partie des démunis dans les bras des populistes, de l'extrème-droite.

 

Plus que jamais les médias se gardent bien de donner la parole à ceux qui mettraient sérieusement en doute la TINA.

 

Il faut rappeler enfin que vouloir « faire la nique au système » en votant Le Pen obéit au même syndrome qui voudrait que l’on se coupe les oreilles pour faire cesser le bruit.

 

Les tentatives prolétariennes de renversement de l’ordre capitaliste n’ont pas forcément lieu en période de crise nous dira t-on. L’Allemagne des années 1930, par exemple, victime de la crise de 1929, au mouvement ouvrier brisé dès le début des années 1920, dominé ensuite par les sociaux-démocrates, reste sans réponse face à l’offensive des nazis. L’Espagne de la même époque est le théâtre d’une Révolution encore aujourd’hui exemplaire, seule réponse valide face au fascisme. Mais le fait qu’elle ait n’ait pas été touchée par la Première Guerre mondiale, et peu par la crise de 1929, n'avait-il pas préservé le mouvement ouvrier ?

 

La crise ne fait elle la part belle aux seuls populistes ?

 

L’erreur de nombre de penseurs et de théoriciens est de considérer le monde avec la seule lorgnette européenne, voire carrément « parisienne » ! Après la Porte de Bagnolet il y aussi des populations et des luttes. Ainsi, hormis PSA Citroen, dont nous respectons ses salariés combattifs, en osant regarder un peu plus loin, les mouvements sociaux en Amérique latine, ces dernières années, nous montrent que la lutte des classes est bien une réalité malgré des revers.

 

La seule façon efficace de lutter contre les libéraux et les populistes, est de faire comprendre, par un projet, qu’une autre société basée sur la fin de l’exploitation d’autrui, est possible, facile à construire compte tenu des forces productives déjà en place. Que l’on gère facilement une entreprise par la démocratie directe, par exemple, comme en Argentine lors de la crise de 2001. Un tel projet de société permet de résoudre bien des difficultés paraissant aujourd’hui insurmontables dans le cadre politique et économique actuel comme par exemple la « crise énergétique et environnementale ». Ces difficultés sont essentiellement des séquelles d’une exploitation capitaliste.

 

Comment redonner confiance « aux masses », à chacun d’entre nous ? En n’hésitant pas à affronter l’adversaire, parfois physiquement si nécessaire quand, par exemple, ce sont des fascistes qui usent de violence et de terreur comme à Lyon, en France, en mai 2011, comme à Paris en juin 2013 où Méric fut tué. En préconisant la reprise et la gestion de la production dans une entreprise en grève par les travailleurs eux-mêmes même si ce mot d’ordre n’est pas suivi immédiatement d’effet. En occupant des lieux stratégiques et ce même pour un court instant, suivant nos moyens, en déployant une simple banderole à deux ou trois sur un marché, en résistant ainsi sans concession contre la passivité soigneusement distillée… A chaque fois, dans l’action, les principes de Démocratie Directe  doivent être mis en avant.  N’oublions pas, sans sombrer dans l’activisme et la violence, que les alliances avec les « tièdes », et certains « penseurs » dont la vraie vocation est de rester le cul sur une chaise à longueur de journée, et qui, en réalité, ne veulent pas agir, représentent souvent une perte de temps. Seul l’exemple peut permettre de convaincre et d’établir à terme, par de petites victoires concrètes, le rapport de force nécessaire.

 

Tout comme la Révolution Espagnole de 1936 où plus de neuf millions de personnes vécurent l’expérience autogestionnaire, le mouvement de l’argentinazo de 2001 (9), ou la quête d’une véritable démocratie en Afrique du nord, ces expériences, avec toutes leurs faiblesses, ne sont pas des mythes, ou des fantasmes mais des aspirations et des réalisations concrètes souvent encore trop faibles pour résister aux attaques insidieuses des forces capitalistes. Celles-ci sont d'autant plus agressives qu'elles sont affaiblies .

 

Sans optimisme démesuré, mais poussés par la nécessité, nous sommes condamnés à nous battre.

 

La crise et le déclin capitaliste laisse entrevoir ce que pourrait être la vraie vie. Ils amènent à des propositions concrètes à court et à plus long terme et à l’action.

 

Aujourd’hui, plus que jamais, quand les luttes des salariés sont issues directement de la base, que ce soit en Europe et ailleurs, c’est la démocratie et l’action directes qui sont mises en avant. Quand un combat est sérieux toute décision est prise en assemblée générale.

 

Quand c’est important on veut participer aux décisions et les délégués doivent être révocables. Les syndicats institutionnels, souvent débordés, s’en inquiètent à juste titre.

 

Sans fétichisme, il ne faut pas négliger l’arme que peut représenter une organisation de travailleurs affichant et mettant en pratique les méthodes et les pratiques de démocratie directe, mises en avant par les IWW ou la CNT.

 

N’oublions pas que le « Parti des Travailleurs » tel que le définissait le « Manifeste Communiste » ou l’AIT de 1862, s’organise de façon radicalement différente des partis « bourgeois ».

 

La « social démocratie » n’a pu s’adapter à l’évolution de la société capitaliste qu’en s’y intégrant et en disparaissant politiquement. Sa vision de collaboration de classes, hiérarchisée, centralisée et étatique ne lui a pas permis d’apparaitre en alternative crédible.. Elle a disparu en tant qu’option au profit d’un « social-libéralisme » sans attrait, appelé à conforter la dictature de la politique néo libérale.

 

La Révolution suppose donc une rupture. Et dans un premier temps, au niveau de l’Etat, la neutralisation des forces de répression, de façons à ce que puissent s’organiser librement des comités, des conseils ou des syndicats sur les lieux de travail.

 

Les capacités de production – le capital fixe - sont aujourd’hui immenses grâce à la mécanisation et aux innovations. Elles peuvent être, avec une diminution du temps de travail humain, en se débarrassant des lois du marché, facilement mises en adéquation avec les besoins de la population.

 

Parallèlement sont constitués des fédérations de consommateurs.
Les travailleurs, tout comme les consommateurs sont fédérés à l’échelon local, régional, international. Un conseil de la production et de la consommation à différents échelons, collecte les informations, les offres et les demandes. Il n’a qu’un caractère consultatif. L’important est d’obtenir une production suffisante pour satisfaire les besoins, et être le plus en adéquation avec ceux-ci, sans les lois actuels du marché. Cette organisation est « légère » car s’appuyant sur les technologies modernes de communication comme l’informatique et internet.
Les échanges doivent être progressivement démonétarisés. C’est ce qui permet entre autres choses, d’assurer un revenu pérenne à tous, notamment aux plus âgés (habitat, transport, santé, loisirs…) et de limiter toute spéculation.

 

Il faut se méfier des attitudes trop radicales en voulant «du passé faire table rase». L’abolition de l’Etat ne peut se faire que par une substitution progressive de certaines institutions actuelles. Rappelons que le libéralisme, lui aussi veut moins d’état, plus de liberté; mais cette liberté là, nous savons bien que c’est la liberté du renard libre dans le poulailler libre.

 

Si le terme « dictature du prolétariat » évoque des relents sinistres pour certains, il faut néanmoins se défendre contre ceux qui voudront faire acte de sabotage, attenter par la violence et la destruction à la société nouvelle. Il faut garder des institutions comme la Sécurité Sociale, les Caisses de retraites, les caisses d’allocations familiales etc. Il suffit de les adapter vraiment aux besoins, de les renforcer parfois, de les améliorer et de les laisser dépérir quand elles deviennent inutiles. Une telle organisation, aussi incroyable que cela puisse paraitre, nait naturellement, quand les prolétaires ont la possibilité de s’organiser, comme cela a pu être le cas en Argentine et au Brésil en 2002. L’expérience des lip, en 1973, en France, limitée, trop partielle, intégrée au capitalisme, reste encore cependant un exemple.

 

L’expression démocratique, quelque soit la critique, doit être encouragée, car c’est la seule façon de pouvoir avancer.

 

La solution repose donc sur le Travail et non sur le Capital, sur une réorganisation de tous les moyens de production par la collectivité, sur la base de la démocratie directe, la fin de l’économie de marché, la satisfaction des besoins par une relation directe et démocratique entre ceux qui produisent et ceux qui consomment.

 

Le moyen reste toujours la grève générale expropriatrice et gestionnaire car bien évidemment les patrons – à part ceux, rares sans doute, qui s’intégreront au mouvement – et les capitalistes défendront la propriété jusqu’à la mort.

 

Dans un tel schéma où est la place des politiciens et des bureaucrates ?

 

Paul Mattick, conseilliste, penseur et homme d’action rappelle que « Marx ne prévoyait pas, quant à lui, un effondrement "automatique" ou "économique" du système capitaliste. Seule la puissance des actions révolutionnaires de la classe ouvrière était apte, selon lui, à montrer si la crise du système à un moment donné en constituait ou non la "crise finale". »

 

 

 

Notes

 

 

 

1. La relation entre le déficit américain et le maintien de la consommation:

 

« malgré la reprise mondiale et un dollar faible, la très solide consommation intérieure et le niveau élevé de l'investissement dûs à la forte croissance américaine et aux effets de la récente réforme fiscale devraient prolonger sur 2018 une puissante demande d'importations aux Etats-Unis qui aggravera encore le déficit. Problème immédiat pour Donald Trump, également : le poids d'un tel déficit extérieur pèsera vraisemblablement sur la croissance du PIB américain au premier trimestre. Le commerce extérieur avait déjà retranché 1,13 point à la croissance du PIB du quatrième trimestre 2017. » Etats-Unis : le déficit commercial se creuse toujours davantage, Les Echos, 06/02/2018.

 

 

 

2. la titrisation permet de faire prendre des vessies pour des lanternes, en l'occurence de transformer par un passage dans une société ad hoc des dettes, des factures non soldées, des prêts en cours, des créances en « honnêtes » produits financiers.

 

 

 

3. le baltic dry n'est qu'un indice du fret maritime qui indiquait une baisse constante du trafic depuis 2006. De juin à décembre 2008, il chutait de 90%.

 

 

 

4.« Les commentateurs n’hésitent pas à parler d’embellie pour qualifier la hausse de 2,3% en 2017 de la croissance américaine, donnant une vision enjolivée de la situation économique du pays. Selon un rapport de la Fed de New York, l’endettement des ménages américains continue d’enfler, pour la cinquième année consécutive. Les prêts étudiant, automobile et l’en-cours des cartes de crédits ont enregistré de fortes progressions, respectivement +9,3%, +2,3% et +4,6%. Les fruits de la croissance seraient-ils inégalement partagés ? L’accroissement de l’endettement de l’État va de pair avec celui des ménages. Voici les réels fondements de la croissance. » François Leclerc, Blog de Jorion, le 15/02/2018.

 

 

 

5. « La finance imaginaire – Anatomie du capitalisme des « marchés financiers » à l’oligarchie » G.Gevens, édition Aden, 2011. L’auteur montre que derrière cette finance apparemment anonyme on trouve une toile où s’entrecroisent et agissent , groupés, organisés et puissants, des individus en chair et en os.

 

 

 

6. « Un petit tour s'impose dans la cuisine financière ». François Leclerc sur le blog de Jorion, 14/02/2018 met en lumière les arnaquess boursières possibles :

 

« Un petit coup de pouce aurait été donné la semaine dernière à l’indice VIX, qui mesure la volatilité sur le marché boursier, selon un lanceur d’alerte anonyme. Pour en faire profiter leurs transactions, des spéculateurs auraient fait monter l’indice en se servant d’algorithmes pour passer, sans les honorer, des ordres sur des options sur l’indice boursier S&P 500. »

 

 

 

7. Edouard Bernstein fut un théoricien socialiste, contemporain d’Engels qu’il rencontra. Il prônait une action principalement réformiste. Par ses analyses il influença aussi bien les partis sociaux démocrates que des partisans du syndicalisme révolutionnaire et Sorel lui-même ;

 

 

 

8. Voir « Le Monde Diplomatique » du 01/01/2013

 

 

 

9. « Le travail: une valeur en voie de disparition », Dominique Méda, éd. Aubier, 1995. L’auteur a aussi écrit une rubrique sur le sujet dans l’Encyclopédie Universalis !

 

« La fin du travail » J.Rrifkin, éd. La Découverte, 1995, préface de Michel Rocard.

 

Pour une vision philosophique « bourgeoise » de la « fin du travail » qui masque difficilement une baisse globale des revenus...

 

 

 

10. A voir « Argentinazo – Vivre avec la crise » film de David Futerman et de Rosalia Argüelles - La Cathode, 6 rue Édouard Vaillant - 93200 Saint Denis